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LE POINT SUR...

 

 

LA DERMATITE ATOPIQUE

      Par Dr Djellali

 

 

 

1/ Qu'a-t-on appris de nouveau sur la dermatite atopique durant les dernières années (en
dehors des traitements) ?

Dr Djellali:

- L'incidence de la Dermatite Atopique a augmenté ces 20 dernières années et on observe un gradient Nord-Sud de sa prévalence puisqu'elle passe de 5% en Espagne à 20% en Grande-Bretagne. Plus qu'une modification du terrain génétique, il faut y voir un rôle de l'environnement, sans que l'on puisse à l'heure actuelle définir précisément les facteurs externes qui déterminent cet état quasi-épidémique de la DA. On sait par contre que :

o        l'augmentation de la dureté de l'eau augmente la prévalence de la DA chez le nourrisson

o        l'apparition d'une meilleure hygiène et la diminution de la taille des familles réduisent l'exposition aux agents infectieux des enfants en bas âge. Cet argument épidémiologique pourrait être un facteur de dysmaturation du système immunitaire qui augmenterait alors son expression allergique vis-à-vis des aggresseurs externes.

- Le bilan allergologique n'est pas toujours indispensable et il faut savoir se contenter d'un interrogatoire minutieux dans les DA peu sévère. Il convient cependant de savoir prendre des précautions élémentaires qui pourront diminuer sensiblement le nombre et l'importance des poussées :

o        éviter une diversification alimentaire trop précoce, en particulier en ce qui concerne l'introduction de l'oeuf ou de l'arachide la première année

o        prendre des mesures préventives pour les acariens (éviter les peluches, moquettes, rideaux / passer régulièrement l'aspirateur / voire utiliser des housses et poudres anti-acariens), les moisissures (éviter les maisons ou les pièces humides pour le choix de la chambre à coucher) et les animaux domestiques.

- En revanche, lorsque la maladie est grave (SCORAD >40), résistante aux traitements bien conduits ou associée à des manifestations systémiques (retard de croissance, manifestations respiratoires, digestives), un bilan allergologique est indiqué, associant une batterie de tests alimentaires sériques et de tests de contact cutanés. Des épreuves d'éviction et/ou de réintroduction (en milieu hospitalier) pourront en découler.

 

2/ Quelles sont les grandes avancées thérapeutiques de ces dernières années et les perspectives d'avenir ?

Dr Djellali :

- Tout d'abord, il convient de savoir utiliser les traitements existants et d'éduquer les patients et leurs parents afin de potentialiser leur efficacité :

o        Apprendre à nettoyer avec un savon doux avant toute application de topiques. Cette notion qui peut paraître évidente est trop souvent négligée. Ainsi, de nombreux topiques sont appliqués sur une peau mal nettoyée ou crouteuse, ce qui empêche leur pénétration et explique souvent leur inefficacité.

o        Il faut apprendre aux parents à se départir de leur crainte des dermocorticoides et à leur faire appliquer ces produits de façon intermittente lors des poussées. Globalement, on estime qu'une DA ne nécessite pas d'autre traitement ni d'enquête allergologique poussée en deçà de l'utilisation d'un tube de 30g de dermocorticoides de classe II par mois. Au delà, il faut savoir reprendre en main l'enquête allergologique, la conduite thérapeutique...

o        Les antihistaminiques ne sont utilisés que lors des poussées.

o        L'essentiel du traitement préventif des poussées réside dans l'hydratation cutanée par émollients, qui doivent être appliqués quotidiennement. Ils ont un rôle majeur puisqu'ils restaurent la barrière cutanée.

- Les innovations thérapeutiques récentes sont :

o        un immunosuppresseur topique, le tacrolimus, dont les premiers essais (phase 3) paraissent prometteurs pour des formes graves résistantes aux traitements classiques, mais qui présente pour principal effet secondaire d'être irritant. Par ailleurs, son effet immunosuppresseur pourrait augmenter les risques d'herpes profus, déjà plus fréquent chez l'atopique. Le dérivé topique de l'ascomycine (Novartis), également testé dans des essais cliniques, s'annonce comme un compétiteur sur ce créneau.

o        dans le registre des immunosuppresseurs, la ciclosporine orale est employée à titre suspensif dans les DA graves et rebelles de l'adulte

o        les UVB à spectre étroit peuvent être utilisés, en association ou non avec les UVA, ce qui permet de diminuer les doses de ces derniers et des dermocorticoides. Il sont surtout indiqués chez les adultes et les adolescents mais peuvent être prescrits en cas de besoin à partir de 7-8 ans. Les cabines à UVB sont cependant encore trop peu nombreuses en France.

- A plus long terme, il sera peut-etre possible de proposer des vaccins qui modifieront la réponse immunitaire pour en diminuer l'expression allergique.

 

 

 

 

 

 

 

 

Dr Djellali